L’art de gouverner en Asie - GUIMET/AFAO

Samedi 12 Février 2022 - 14h/17h30

Auditorium Jean-François Jarrige 

 

L’art de gouverner en Asie :

Sources, héritages, créations et recréations

 

 

Nées très tôt, en Inde et en Chine notamment, les sciences politiques ont en Asie donné lieu à des créations théoriques peu connues encore aujourd’hui. Comparables au « Prince » de Machiavel pour l’Europe, de nombreux textes ont ainsi été présentés aux empereurs, aux rois et aux princes afin de leur proposer un idéal de gouvernance. Leurs auteurs théorisèrent à travers eux l’histoire de leur pays et tentèrent de définir les conditions d’une paix durable pour l’élu et son peuple.

Quel poids et quelles influences ces textes de « sciences politiques » ont-ils eu sur le cours de l’histoire des sociétés asiatiques ? Comment sont-ils entrés en résonnance ou en concurrence les uns par rapport aux autres ? Comment nourrissent-ils encore la vie politique d’aujourd’hui ? Dans une nouvelle dynamique d’échanges, quatre chercheurs nous aident à envisager ces questions en interrogeant quatre textes historiques, et leur portée dans le temps.

 

1280px-Kenpohapu-chikanobu.jpgChikanobu, Promulgation de la constitution de Meiji (Kenpô happu) © Wikimedia Commons

 

Ouverture de la demi-journée d'étude 

Mme. Cécile Becker (Responsable du pôle de la programmation culturelle et artistique - Musée des Arts asiatiques-Guimet)

&

M. Arnaud Bertrand (Directeur exécutif de l'Association Française des Amis de l'Orient - AFAO)

 


 

 14h10-14h55

Inde : Arthashastra अर्थशास्त्र (« Traité du politique »)

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L'Arthaśāstra constitue le principal traité de l'art politique de l'Inde ancienne. Attribué à Kautilya le conseiller de l'empereur Candragupta (fondateur de la dynastie Maurya 321-185 av. J.-C.), le texte qui nous est parvenu résulte sans doute d'une compilation à partir de matériaux anciens faite par Vịṣnugupta au iii e ou iv e  siècle. Ce "Traité du politique" est consacré à la poursuite de l'artha, celle des moyens concrets que l'on doit mettre en œuvre pour assurer sa puissance et sa richesse. L'artha concerne en premier lieu le roi, dans la mesure où celui-ci a vocation à garantir la paix et le bien-être de son royaume, reposant sur la libre jouissance par chacun de ses biens L'œuvre se présente comme un « manuel » inventoriant, sur un mode purement prescriptif, les lignes de conduite requises pour réaliser les objectifs du roi. L'ouvrage comprend quinze livres dont les cinq premiers sont consacrés à la politique intérieure et les dix autres à la diplomatie et à la stratégie.

Intervenant : Jean-Joseph Boillot est né le 11 janvier 1956. Il est professeur agrégé de sciences économiques et sociales et docteur en économie. Il a notamment enseigné à l’École normale supérieure et travaillé sur l’Asie comme chercheur associé au CEPII. Après de multiples séjours en Inde et en Chine au cours des années 1980, il a soutenu en 1989 une thèse sur le modèle Indien de Développement comparé en particulier à la Chine avant d'élargir ses recherches à l'ensemble du monde émergent. Il est auteur de nombreux ouvrages dont L'Inde ancienne au chevet de nos politiques : L'art de la gouvernance selon l'Arthashâstra de Kautilya.

 


 

14h55-15h40

Centraliser la chine & renforcer les frontières : Chao Cuo (200-154 av. J.-C.), stratège emblématique de la dynastie des Han Occidentaux

The tragedy of Chao Cuo

 

Alors que la dynastie des Han Occidentaux est officiellement proclamée en 202 av. J.-C., avec Han Gaozu à sa tête, la chine est à reconstruire entièrement. Les difficultés financières internes, les rivalités de pouvoir, et les conflits avec la puissance montante des Xiongnu dans la steppe ne viennent que se rajouter à la longue décennie de guerres civiles et de famines qui suivit à la chute de la première dynastie impériale des Qin incapable de surivre à la mort de son créateur, le Premier Empereur Qin Shihuangdi. L'idée d'une unité territoriale de ce vaste territoire est tout de suite remise en question tant les individualités régionales sont fortes. Parmi ceux qui parviendront à trouver une stabilité à cet Empire fragile, Chao Cuo 晁错 (200-154 av J.-C.) est indiscutablement un stratège de premier plan. Conseiller de deux empereurs successifs au milieu du second siècle avant notre ère, c'est à lui que l'on doit la mise en place de plans d'actions permettant de renforcer l'idée de centralité du pouvoir. Peu connu, nous verrons comment celui-ci a préparer l'expansion miliraire chinoise jusqu'au confin de l'Empire, quelques décennies seulement après sa décapitation. 

Intervenant : Arnaud Bertrand (Archéologue, sinologue, spécialiste de l'expansion chinoise vers l'ouest au temps de l'antiquité, Arnaud Bertrand est chercheur associé au centre de recherche - ARscAN, conduit des missions fréquentes entre la Chine et l'Asie centrale pour des fouilles et prospections. Il enseigne en licence et master, au sein de la Faculté des Lettres à l'Institut Catholique de Paris avec notamment un séminaire de recherche "Routes de la Soie: textes et vestiges" qu'il co-encadre avec le Pr. Emmanuel Lincot , et dirige l'Association Française des Amis de l'Orient depuis 2017). 

 


 

15h40-16h25

Asie Centrale : Qutadğu BiligLa sagesse qui apporte le bonheur »)

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Sans doute considérée comme étant la plus ancienne œuvre littéraire turque, le Qutadgu Bilig est un recueil de poésies rédigé en 1069 par Yūsuf Khāṣṣ Ḥājib, sous le règne des Kara-khanids, première dynastie Turque convertie à l’Islam. Dominant une grande partie des territoires de l’Asie centrale du Xè et au début XIIIè siècle, cette dynastie s’étendait jusqu’à Kashgar (Xinjiang°) plaque tournante du commerce sur les « Routes de la Soie ». Le Qutadgu Bilig y fut présenté au prince Tavghach Bughra Khan lui prodiguant les commandements nécessaires à un gouvernement équitable, juste et bienveillant pour tous les habitants (turcs, iraniens, chinois, chrétiens…). Inscrit au patrimoine de l’Unesco en 2019, ce texte préservé via plusieurs copies comporte une particularité du point de vue de la sociologie, de la culture, de la structure étatique et de l’histoire du monde turcique.

Intervenant : Dr. Ahmed Bakcan, directeur de l’Institut Yunus Emré - Centre Culturel de Turquie à Paris et titulaire du doctorat en sciences des textes et des documents de l’Université Paris VII.

 


 

16h25-17h10

Japon : Gakkô mondôsho 学校問答書 (« Dialogue sur l’école »)

En 1852, un guerrier lettré dont le prestige intellectuel et l’influence ne cessent de grandir au Japon, Yokoi Shônan 横井小楠 (1809-1869), publie un court texte dans lequel il expose son point de vue sur l’éducation, ou plus exactement sur ce que doit être une « école ». Son « Dialogue » répond aux interrogations du seigneur de Fukui, Matsudaira Yoshinaga松平慶永 (1828-1890), qui lui a demandé conseil sur la manière de réformer l’école de son fief pour la rendre plus performante au regard de la nouvelle époque qui se dessine. Peu connu hors du Japon, il s’agit d’un texte essentiel dans l’histoire intellectuelle et politique du Japon tant pour des raisons chronologiques (sa rédaction précède l’arrivée du Commodore Perry) que politiques (il affirme le lien qui existe entre la politique et l’école et le rôle de celle-ci au regard de celle-là : mieux éduquer, c’est mieux gouverner), pédagogiques (il propose une réforme radicale des contenus d’enseignement) ou encore « philosophiques » (car reposant sur une critique de la conception de l’éducation à partir d’un point de vue interne au confucianisme et non « occidentaliste »).

Intervenant : Christian Galan (professeur de langue et civilisation japonaises à l’université Toulouse-Jean Jaurès et chercheur à l’Institut Français de Recherche sur l’Asie de l’Est – Inalco, université de Paris, CNRS)

 


Inscription

Conditions d’accès : Cette demi-journée se déroulera au sein de l'Auditorium Jean-François Jarrige, de 14h à 17h30. Elle sera en accès libre et gratuite sous réserve de places disponibles. 

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